Malgré l’augmentation de la sensibilisation autour de la santé mentale, de nombreuses personnes hésitent encore à entamer une démarche thérapeutique. L’engagement en psychothérapie n’est pas un acte anodin : il suppose de se confronter à ses fragilités, de dévoiler ses difficultés personnelles à un professionnel, et d’accepter d’entamer un travail sur soi qui peut être long et parfois inconfortable. Cette démarche demande une forme de courage et une certaine disponibilité psychique, qui ne sont pas toujours accessibles. Ces éléments suffisent parfois à freiner, voire à bloquer, l’initiative de consulter.
À cela s’ajoutent des croyances, des conditionnements sociaux et des expériences antérieures qui peuvent renforcer les résistances. Le contexte culturel, l’environnement familial, et même l’histoire médicale ou psychologique de la personne jouent un rôle important dans cette hésitation. Dans certains milieux, parler de ses émotions est encore perçu comme un signe de faiblesse. Dans d’autres, la santé mentale reste un tabou. Il est donc essentiel de comprendre cette complexité pour mieux accompagner et sensibiliser ceux qui n’osent pas encore franchir le pas.
La peur du jugement social et la honte d’entamer une thérapie
L’un des obstacles les plus courants à l’engagement en thérapie reste la peur du regard des autres. Dans de nombreuses cultures ou contextes familiaux, consulter un psychologue est encore perçu comme un aveu de faiblesse, voire comme un signe de folie. Cette stigmatisation sociale alimente un sentiment de honte qui pousse certaines personnes à garder le silence sur leurs souffrances. Elles préfèrent les minimiser, les rationaliser, ou les cacher derrière une posture de maîtrise.
Cette peur d’être jugé peut s’ancrer dès l’enfance, dans un environnement où l’expression des émotions était peu valorisée voire sanctionnée. Elle peut aussi être renforcée par un manque de repères sur ce que peut réellement apporter un accompagnement psychothérapeutique. La personne a alors peur d’être perçue comme instable, faible ou incapable de gérer seule ses difficultés. Le regard des collègues, des proches ou même d’un partenaire devient un frein, parfois inconscient, à toute tentative de demande d’aide.
Les blocages internes face à l’engagement thérapeutique
Au-delà du regard des autres, les freins les plus puissants sont souvent intérieurs. Certaines personnes redoutent ce qu’elles pourraient découvrir sur elles-mêmes. La peur d’affronter des souvenirs douloureux, de revivre des traumas enfouis, ou tout simplement de remettre en question des certitudes bien ancrées peut être paralysante. D’autres craignent de ne pas être capables de changer, ou de décevoir leur thérapeute.
Ces craintes, bien qu’irrationnelles, sont réelles et méritent d’être accueillies avec bienveillance. Elles traduisent souvent une ambivalence : un désir de transformation coexiste avec une angoisse de perte de repères. La perspective d’un changement, même bénéfique, peut provoquer une forme d’angoisse existentielle. La personne peut alors se demander : “Qui serai-je si je change ?” ou “Que va-t-il se passer si je vais mieux ?” Ces questionnements montrent à quel point l’engagement en thérapie touche à l’identité et à l’image de soi.
Les contraintes pratiques et le coût de la psychothérapie
Consulter un psychothérapeute demande un investissement en temps et en argent. Pour de nombreuses personnes, ces deux dimensions constituent des obstacles majeurs. Les séances ont un coût, parfois non pris en charge par la sécurité sociale ou les mutuelles, ce qui rend la démarche difficilement accessible pour certains publics.
Par ailleurs, il faut réussir à dégager un moment régulier dans un emploi du temps souvent chargé, jonglant avec les obligations professionnelles, familiales ou personnelles. Le manque de temps est alors invoqué comme une raison suffisante pour reporter, voire abandonner, l’idée de consulter. Certaines personnes considèrent également qu’elles ne peuvent pas “se permettre” de prendre soin d’elles, soit par culpabilité, soit parce qu’elles placent toujours les besoins des autres en priorité. Le coût psychique de cette auto-négation n’est pas toujours visible, mais il contribue à maintenir une forme de mal-être chronique.
Les difficultés à trouver un thérapeute adapté
Un autre frein souvent sous-estimé est la difficulté à trouver un thérapeute avec lequel on se sent à l’aise. L’offre est vaste, les approches thérapeutiques variées (psychanalyse, TCC, gestalt, etc.), et il n’existe pas toujours de références claires pour s’orienter. Cette incertitude peut déstabiliser et faire naître un sentiment de découragement.
Certaines personnes abandonnent après une première tentative infructueuse, déçues par une expérience mal adaptée. Or, la relation de confiance est essentielle : sans alliance thérapeutique solide, le travail ne peut pas vraiment s’engager. Trouver le bon professionnel prend parfois du temps et demande de la persévérance. Il est également fréquent que certaines personnes idéalisent ou, au contraire, craignent le thérapeute, ce qui rend la première rencontre déterminante. Être mal accueilli, mal compris ou mal orienté peut durablement freiner toute volonté de recommencer.
Les fausses idées reçues sur la thérapie
Enfin, certains freins tiennent à des idées fausses. Beaucoup imaginent qu’il faut aller très mal pour consulter, que la psychothérapie consiste uniquement à parler du passé, ou que le thérapeute va donner des conseils directifs. Ces représentations erronées créent une distance avec la réalité du processus thérapeutique, qui est bien plus complexe, nuancé et adapté à chaque personne.
Certains redoutent une forme de dépendance ou craignent d’être “en thérapie pour toujours”. D’autres pensent que les résultats doivent être rapides, et s’impatientent dès les premières séances. Ces idées reçues, souvent véhiculées par les médias ou des récits caricaturaux, participent à entretenir une forme de méfiance ou de désintérêt pour la démarche. Démystifier la psychothérapie et mieux informer sur son déroulement est une étape essentielle pour lever ces freins cognitifs.
Identifier les obstacles à l’engagement : première étape vers une thérapie réussie
Reconnaître et identifier les obstacles à l’engagement en thérapie est déjà un pas vers la prise de conscience. C’est une manière d’entrer en contact avec ses peurs, ses hésitations et ses besoins profonds. En les mettant en mots, en les partageant ou en les explorant, il devient possible de les apprivoiser. La thérapie ne commence pas toujours avec une première séance, mais parfois bien avant, dans ce mouvement intime où l’on commence à envisager un autre rapport à soi. Pour mieux comprendre la suite d’un accompagnement psychologique, il peut être utile de connaître les étapes du processus thérapeutique en psychothérapie, qui permettent de visualiser concrètement ce cheminement vers le changement.
Cette phase préparatoire est précieuse : elle permet de cheminer vers la possibilité de changement à son propre rythme. Elle peut aussi s’accompagner d’une recherche d’informations, de lectures ou d’échanges avec des personnes ayant déjà consulté. Plus cette étape est respectée et accompagnée, plus l’entrée en thérapie a des chances d’être vécue de façon libre et choisie.